Crash de l’Airbus 320, le formidable élan de solidarité à Seyne éclaire les visages endeuillés | La-Croix.com – Actualité

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Crash de l’Airbus 320, le formidable élan de solidarité à Seyne éclaire les visages endeuillés

Depuis le crash de l’Airbus 320, le 24 mars, tout le pays dignois fait preuve d’une formidable solidarité et de générosité pour accueillir les familles des 150 victimes.

6/4/15 – 17 H 29

Très rapidement après le crash de l’Airbus 320, le 24 mars, des bénévoles se sont joints au secours.

©GUILLAUME HORCAJUELO/EPA/MAXPPP

Très rapidement après le crash de l’Airbus 320, le 24 mars, des bénévoles se sont joints au secours.
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Au-delà de la tragédie, ce dévouement sans faille des professionnels et des bénévoles est déjà, aux yeux des chrétiens, signe d’espérance.

La route qui monte en lacets depuis Digne vers Seyne-les-Alpes baigne dans une douce lumière printanière. Au loin, le massif des Trois-Evêchés encore enneigé fait ressortir les prairies qui verdoient le long du torrent de la Blanche.

Étrange impression de penser que ce paysage majestueux, réveillé par les aubépines en fleurs, est aussi le tombeau des 150 passagers de l’Airbus 320 de Germanwings qui s’est écrasé sur un autre versant, le 24 mars.

Chaque jour, d’Allemagne, d’Espagne, mais aussi d’Argentine, du Japon, du Maroc, d’Israël, les familles endeuillées, nombreuses en ce long week-end pascal, viennent se recueillir au pied du Mont Estrop, escortés par les services de sécurité qui les protègent de la curiosité des journalistes.

TROIS VILLAGES SOLIDAIRES

Face à ce drame international, les 2 000 habitants des trois petites communes de Seyne-les-Alpes, du Vernet et de Prads-Haute-Bléone, mais aussi de toute cette région entre Digne et Barcelonnette qui vit essentiellement du tourisme et de l’élevage, continuent de faire preuve d’une générosité et d’une solidarité remarquables.

Dès les premières heures de la tragédie, ils se sont proposés spontanément pour héberger les familles. Au point que le 30 mars, 2 200 propositions d’hébergement avaient été enregistrées – même si finalement seules une quarantaine de familles de victimes ont logé chez l’habitant, les autres restant dans un grand hôtel de Marseille réquisitionné par Lufthansa.

Ces trois villages sont ainsi devenus centre du monde, comme le prouve le livre des condoléances dans l’église des Pénitents, à Seyne, qui déborde de messages en espagnol, anglais ou allemand. « Notre soleil du Midi s’est assombri le 24 mars et nous espérons qu’il brille à nouveau, un jour, sur tous ceux qui souffrent de ce drame », écrit un habitant de Selonnet, village tout proche.

 « Nous vivrons ces journées de deuil comme s’il s’agissait de membres de nos familles », ont aussitôt affirmé, devant leurs deux villages réunis, François Balique et Bernard Bartolini, respectivement maire du Vernet et de Prads depuis plus de trente ans. Douze jours plus tard, ces deux hommes conscients de leur charge exceptionnelle face à ce drame international se relaient en non-stop pour accueillir les proches endeuillés devant la stèle de marbre installée au domaine du Vernet.

 « TRACE INDÉLÉBILE »

Avec l’aide d’interprètes, ces deux élus chaleureux prennent le temps de leur décrire ces montagnes qu’ils arpentent depuis l’enfance, avec leurs pâturages vivant au rythme des transhumances… « Les Japonais aiment le silence paisible du lieu. Les Allemands sont heureux d’apprendre qu’il y a des edelweiss, car pour eux c’est une fleur éternelle », résume François Balique.

 « Pour qu’ils nous sentent à leurs côtés, les mots ne suffisent pas, ils ont besoin de s’accrocher à nous », ajoute Bernard Bartolini, racontant comment ces familles tiennent à emporter un caillou, une pomme de pin…

Tandis que les bus transportant les proches des victimes se succèdent, tous ici savent que cet accueil durera des années, des décennies. « Cet accident laissera une trace indélébile », estime Bernard Faure. Cet ancien forestier connaît bien les massifs dignois et rappelle qu’il y a toujours des curieux à gravir le mont du Cheval Blanc où, en 1948, s’étaient écrasés deux petits avions militaires.

Cette proximité dans l’émotion, tous ceux qui sont engagés aux côtés des familles en témoignent de manière bouleversée. « On ne peut pas partager l’épreuve de ces gens-là mais on peut les serrer dans nos bras », évoque sobrement le P. Christophe Disdier-Chave.

TRANSCENDÉS

Le vicaire général du diocèse est monté tout de suite à Seyne, à la demande des pompiers, et n’hésite pas à comparer le formidable élan de son département à celui, national, de janvier : « Nous sommes tous ’famille de victime’, un peu comme nous étions ‘Charlie’! »

Un élan qui semble avoir dépassé, voire transcendé tant bénévoles que professionnels. Au point que les visages, certes attristés et fatigués, des gendarmes, pompiers, maires et responsables d’associations locales qui s’étaient rassemblés vendredi soir dans le gymnase de Seyne pour recevoir les félicitations du ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve, semblaient éclairés d’une lumière intérieure.

Séverine Tourgis, directrice départementale urgence-secourisme, parle pudiquement d’une « spiritualité opérationnelle vécue dans une atmosphère palpable de dépassement de soi, d’entraide et d’amour. On est tous plus grand, plus haut que ce que l’on pense, pas seulement par sens du devoir mais aussi par désir du cœur. » 

 « Dans ces moments-là, l’homme se donne dans la joie sans penser à lui », estiment de leur côté le diacre Jean-Hugues Bartet et son épouse Chantal qui disent y discerner la présence de Dieu « caché en chacun, telle une braise qui ne demande qu’à s’enflammer ».

ESSENTIELLE DIMENSION RELIGIEUSE

De fait, la dimension religieuse est d’emblée apparue essentielle pour beaucoup. « Quelles que soient la culture et l’appartenance religieuse, nul ne reste indifférent devant la mort », répète le P. Jean Lumbala.

Le curé congolais de Seyne a célébré deux messes à l’intention des victimes le lendemain et le surlendemain du crash, et participé aux célébrations interreligieuses organisées à la « chapelle ardente » de Seyne, aux côtés de Mgr Jean-Philippe Nault, évêque de Digne, ainsi que d’un rabbin et d’un imam venus de Marseille et Draguignan.

Ces célébrations ont été vécues d’autant plus intensément par les chrétiens de la région, que cette tragédie est survenue à huit jours de la Semaine sainte.

 « Certains en resteront à l’obscurité du Vendredi saint, mais nous qui croyons à la vie éternelle, nous savons que cette obscurité du tombeau débouche sur le soleil de Pâques », considère Mgr Nault qui avait choisi l’évangile des disciples d’Emmaüs pour l’Eucharistie présidée le 28 mars à Digne, dans une cathédrale bondée. « Même quand on ne le perçoit pas, Jésus traverse avec nous l’épreuve », affirmait-il.

 « PAS DE SAUCE CATHO »

Les offices du Triduum pascal ont donc résonné avec force cette année pour les chrétiens bas-alpins, même s’ils refusent de « mettre de la sauce catho » sur cette tragédie par respect pour les familles, comme le dit Bernadette Puyt, responsable de l’aumônerie du collège-lycée du Sacré-Cœur de Digne où deux célébrations ont été proposées dès le lendemain du drame.

Ainsi Jean-Hugues Bartet a été bouleversé pendant la messe chrismale, lors de l’habituelle invocation « Voici le corps du Christ », pensant aux familles à qui on allait dire, après identification par l’ADN des corps déchiquetés, « Voici le corps de votre fils ». Pour lui, ce massif est« devenu universel par le sang qui s’y est répandu ».

CLAIRE LESEGRETAIN

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